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alain robbe grillet la jalousie - pdf download

LA JALOUSIE
DU MÊME AUTEUR
UN RÉGICIDE, roman, 1949.
LES GOMMES, roman, 1953, (« double », no79).
LE VOYEUR, roman, 1955.
LA JALOUSIE, roman, 1957, (« double », no80).
DANS LE LABYRINTHE, roman, 1959.
L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD, ciné-roman, 1961.
INSTANTANÉS, nouvelles, 1962.
L’IMMORTELLE, ciné-roman, 1963.
POUR UN NOUVEAU ROMAN, essai, 1963.
LA MAISON DE RENDEZ-VOUS, roman, 1965.
PROJET POUR UNE RÉVOLUTION À NEW YORK, roman, 1970.
GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR, ciné-roman, 1974.
TOPOLOGIE D’UNE CITÉ FANTÔME, roman, 1976.
SOUVENIRS DU TRIANGLE D’OR, roman, 1978.
DJINN, roman, 1981.
LA REPRISE, roman, 2001.
C’EST GRADIVA QUI VOUS APPELLE, ciné-roman, 2002.
LA FORTERESSE, scénario pour Michelangelo Antonioni, 2009.
Romanesques
I. LE MIROIR QUI REVIENT, 1985.
II. ANGÉLIQUE, OU L’ENCHANTEMENT, 1988.
III. LES DERNIERS JOURS DE CORINTHE, 1994.
Chez d’autres éditeurs
LE VOYAGEUR. Textes, causeries et entretiens, 1947-2001,
Christian Bourgois, 2001.
SCÉNARIOS EN ROSE ET NOIR. 1966-1983, Fayard, 2005.
PRÉFACE À UNE VIE D’ÉCRIVAIN, Le Seuil, 2005.
UN ROMAN SENTIMENTAL, Fayard, 2007.
POURQUOI J’AIME BARTHES, Christian Bourgois, 2009.
ALAIN ROBBE-GRILLET
LA JALOUSIE
LES ÉDITIONS DE MINUIT
r 1957/2012 by LES ÉDITIONS DE MINUIT
www.leseditionsdeminuit.fr
Maintenant l’ombre du pilier – le pilier qui
soutient l’angle sud-ouest du toit – divise en
deux parties égales l’angle correspondant de
la terrasse. Cette terrasse est une large galerie
couverte, entourant la maison sur trois de ses
côtés. Comme sa largeur est la même dans la
portion médiane et dans les branches latérales,
le trait d’ombre projeté par le pilier arrive
exactement au coin de la maison ; mais il
s’arrête là, car seules les dalles de la terrasse
sont atteintes par le soleil, qui se trouve encore
trop haut dans le ciel. Les murs, en bois, de
la maison – c’est-à-dire la façade et le pignon
ouest – sont encore protégés de ses rayons par
le toit (toit commun à la maison proprement
dite et à la terrasse). Ainsi, à cet instant, l’ombre de l’extrême bord du toit coïncide exactement avec la ligne, en angle droit, que forment entre elles la terrasse et les deux faces
verticales du coin de la maison.
Maintenant, A... est entrée dans la chambre,
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par la porte intérieure qui donne sur le couloir
central. Elle ne regarde pas vers la fenêtre,
grande ouverte, par où – depuis la porte – elle
apercevrait ce coin de terrasse. Elle s’est maintenant retournée vers la porte pour la refermer. Elle est toujours habillée de la robe claire,
à col droit, très collante, qu’elle portait au
déjeuner. Christiane, une fois de plus, lui a
rappelé que des vêtements moins ajustés permettent de mieux supporter la chaleur. Mais
A... s’est contentée de sourire : elle ne souffrait
pas de la chaleur, elle avait connu des climats
beaucoup plus chauds – en Afrique par exemple – et s’y était toujours très bien portée. Elle
ne craint pas le froid non plus, d’ailleurs. Elle
conserve partout la même aisance. Les boucles
noires de ses cheveux se déplacent d’un mouvement souple, sur les épaules et le dos, lorsqu’elle tourne la tête.
L’épaisse barre d’appui de la balustrade n’a
presque plus de peinture sur le dessus. Le gris
du bois y apparaît, strié de petites fentes longitudinales. De l’autre côté de cette barre,
deux bons mètres au-dessous du niveau de la
terrasse, commence le jardin.
Mais le regard qui, venant du fond de la
chambre, passe par-dessus la balustrade, ne
touche terre que beaucoup plus loin, sur le
flanc opposé de la petite vallée, parmi les
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bananiers de la plantation. On n’aperçoit pas
le sol entre leurs panaches touffus de larges
feuilles vertes. Cependant, comme la mise en
culture de ce secteur est assez récente, on y
suit distinctement encore l’entrecroisement
régulier des lignes de plants. Il en va de même
dans presque toute la partie visible de la
concession, car les parcelles les plus anciennes
– où le désordre a maintenant pris le dessus –
sont situées plus en amont, sur ce versant-ci
de la vallée, c’est-à-dire de l’autre côté de la
maison.
C’est de l’autre côté, également, que passe
la route, à peine un peu plus bas que le bord
du plateau. Cette route, la seule qui donne
accès à la concession, marque la limite nord
de celle-ci. Depuis la route un chemin carrossable mène aux hangars et, plus bas encore, à
la maison, devant laquelle un vaste espace
dégagé, de très faible pente, permet la manœuvre des voitures.
La maison est construite de plain-pied avec
cette esplanade, dont elle n’est séparée par
aucune véranda ou galerie. Sur ses trois autres